Faits de Société

Viol : quelles victimes peut-on croire ?

Angela Kpeidja

On s’entend tous pour dire que le viol est un acte abject donc les auteurs doivent être sévèrement punis. Heureusement, les lois sont de plus en plus dures en matière de harcèlement et d’abus sexuels. Aujourd’hui, le Bénin fait partie des pays d’Afrique de l’Ouest dont l’arsenal juridique protège et garantit le mieux la réparation des victimes de ces pratiques malsaines.

Pourtant, même si des choses se murmurent dans le secret, il est assez rare de voir des victimes revendiquer une certaine justice. Il y a un an, la journaliste béninoise Angela KPEIDJA dénonçait le viol et le harcèlement sexuel dans le milieu du journalisme. Cette révélation en a choqué plus d’un. Nous avons observé d’autres langues se délier afin de conter l’horreur. Mais pendant que les uns abasourdis, découvraient ces faits, les autres créaient un nouveau débat. Celui de la légitimité des victimes.

Est-il possible de croire une victime de viol quand cette dernière est connue pour ses tenues sexys et sa vie sexuelle sulfureuse ? Nous avons décidé de vous décrypter le mythe de la vraie et de la fausse victime de viol dans notre Fait Social de ce mois.

La diversité des victimes de viol

Le viol se produit parceque les violeurs choisissent de le faire. Personne ne mérite de subir cette vile décision. Wagatwe Sara Wanjuki

Les médias, le cinéma ou les livres nous présentent généralement deux catégories de victimes. Nous avons au prime abord, un archétype que nous nommerons la Madone. Elle est pieuse et délicate. Elle fait partie de ces femmes qu’on juge respectable. Elle n’est pas ou peu sexuelle. On la juge pure.

Le second archétype est totalement aux antipodes de la Madone. Il s’agit de la Catin. On la perçoit sulfureuse et ayant peu de mœurs. Aux travers des médias on a pitié du premier archétype alors qu’on juge le second et on la blâme pour son viol.

On a tendance à retranscrire le complexe de la Madone et de la Catin dans la vie réelle. Mais en matière de viol, ces deux archétypes sont généralement traités de la même façon. Il y a cependant une nuance. La Madone reçoit parfois plus de sympathie. Il se peut encore qu’elle passe dans le second archétype en raison de sa mésaventure. La Catin quant à elle n’a pas le droit de s’exprimer. Sa douleur est tout simplement rejetée.

Les questions qui sont posées aux victimes tournent autour de leurs vêtements ou de leurs réactions. On s’intéresse peu ou pas aux prédateurs. Toute l’attention se porte sur la victime.

Même si catégoriser les victimes de viol dans deux compartiments imaginaires qui ne sauraient englober la complexité de ces êtres parait simplifier les choses, la réalité est beaucoup plus délicate et compliquée. Les victimes de viols sont multiples.

Femmes, enfants, hommes, jeunes ou adultes, personne n’est en réalité à l’abri. Cette grande diversité s’exprime également dans les personnalités différentes qu’ont les victimes de viol. On pourrait donc en déduire que les violeurs ne sont pas attirés par un profil type. Ils choisissent une proie et agissent.

Les réactions des victimes face à leur viol

Là encore, les médias nous vendent des victimes apeurées, traumatisées qui rejettent toute activité sexuelle. Ces victimes sorties du cinéma ne supportent pas d’être touchées. Elles ont constamment peur. Cette description n’est pas fausse, mais incomplète.

Le traumatisme du viol atteint les victimes de diverses façons. Il n’y a pas un ensemble concret de réactions propres à une victime. Il y en a une multitude. Le rapport des femmes victimes à la sexualité peut s’exprimer de deux principales façons cependant.

L’hyposexualisation, conséquence du viol

L’hyposexualisation est la réaction que les médias nous montrent le plus. Les femmes qui s’hyposexualisent développent une phobie du sexe et des hommes. Elles peuvent vivre le vaginisme ou l’anorgasmie. Elles sont la représentation que l’on se fait généralement des victimes. Dans la culture populaire, ces femmes sont les vraies victimes.

L’hypersexualisation, conséquence du viol

L’hypersexualisation des victimes de viol est assez tabou. Pourtant, c’est une réaction normale suite à ce traumatisme. Les femmes qui s’hypersexualisent se définissent par leur sexualité excessive. Elles enchaînent les partenaires et sont pour la plupart dans le déni de leur viol.

Bon nombre de leurs rapports post viol ne sont pas entièrement consentis. Beaucoup de femmes qui s’hypersexualisent ne savent plus qu’elles ont le droit de refuser un rapport, alors elles y vont même quand elles n’en ont pas envie.

Dans tous les cas, les victimes du viol subissent un énorme stress posttraumatique qui peut se manifester par des flashs de la scène, de l’insomnie, de la dépression et bien d’autres troubles psychologiques.

L’hypersexualisation ou l’hyposexualisation sont des mécanismes de défenses du cerveau. Peu importe le chemin que prendra les victimes, elles ont besoin d’un fort accompagnement psychologique ou émotionnel afin de se relever.

Le rejet social des femmes qui s’hypersexualisent accroit encore plus leur douleur psychologique. On leur refuse une légitimité de leur vécu.

La difficulté d’expression des victimes de viol

Culpabilisez les violeurs, pas les victimes.

Le viol est un acte abject. Cette vérité semble au prime abord être acceptée de tous. Pourtant, les victimes ont du mal à en parler en raison de la forte culpabilisation qu’elles subissent dans notre contexte socioculturel.

Quand des femmes osent briser le silence, au lieu de les écouter et de compatir, on les juge en fonction de leurs vêtements ou de leur vie. On cherche comment elles ont pu réveiller le diable endormi dans le corps de leurs violeurs. On juge leurs réactions après cet événement traumatisant.

On apporte trop d’intérêt ou d’attention aux victimes. On décortique leurs vies, leurs actions et leurs vêtements. Pourtant, les violeurs sont plutôt les personnes dont les actes doivent être interrogés. On devrait chercher à savoir comment ceux-ci interagissent avec les femmes. Sont ils des prédateurs ? Ont ils connaissance de la notion du consentement ? Connaissent ils leurs limites et la loi ?

Si les victimes ont le malheur de s’être hypersexualisées, on les traite de « victimes consentantes » bien que ces termes soient antinomiques. Il est important de prendre conscience que le viol est un acte sexuel non consenti, et que, qui que soit la victime, elle mérite d’être écoutée et crue.

Malheureusement, nous n’avons pas créé cet espace sain qui invite les victimes à en parler. Elles sont obligées de vivre dans une honte qu’elles ne devraient pas avoir, car la société leur dit qu’elles sont responsables de leurs souffrances.

Que faire maintenant ?

Croire les victimes fait toute la différence

Vous l’aurez compris, on peut et on doit croire toutes les victimes de viol. Elles doivent être épaulées, écoutées et aidées. Il faut qu’on les soutienne ainsi que toutes les initiatives qui visent à lever le voile sur ce phénomène dégoutant.

Il est important de s’éduquer, hommes comme femmes sur le consentement ou les prévisions de la loi, mais également sur l‘impact que ces actes ont sur les victimes. Cela nous permettra d’agir avec bienveillance avec ces dernières.

Pour finir, nous devons développer de l’empathie pour ces personnes quand elles expriment leurs maux. Un viol est une expérience traumatisante qui marque toute une vie. Les croire est le moins que nous puissions faire pour alléger ces souffrances difficiles à exprimer.

Aux victimes, sachez qu’ici à AGOODOJIE vous êtes crues, soutenues et entendues. Rien n’est de votre faute et vous avez le droit de mener votre combat, peu importe qui vous êtes.

2 réflexions au sujet de “Viol : quelles victimes peut-on croire ?”

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