Faits de Société

Violences basées sur le genre : quand les coupables prennent la place des victimes

Les violences faites aux femmes et aux filles sont légions. Peu importe où vous vous trouvez sur ce continent ou ailleurs, vous avez déjà été témoin d’un cas ou en avez été victime, vous même.

Malheureusement, on constate un grand déphasage entre le sort réservé aux coupables des autres crimes et ceux des violences sur les femmes. Les violences sur les femmes ou les violences basées sur le genre de façon globale sont les seules violences où les victimes ont plus de chance de se retrouver en position de coupable que d’obtenir justice.

Cet article n’expose pas des chiffres mais vient renforcer la voix de toutes les personnes qui demandent justice. Toutes les personnes qui veulent que la honte et la culpabilité aillent aux auteurs de ces violences faites aux femmes et non le contraire.

C’est un énième ras-le-bol sur comment notre société traite les victimes en se faisant solidaire des bourreaux.

Le jour, où tout bascule.

Un beau matin sur le chemin de l’école, on te tapote l’épaule et la minute d’après tu vois ta vie défiler. Tu ne voulais que t’amuser, sortir pour défier tes limites, tes problèmes. Tu voulais juste passer un bon moment mais lui, il n’était pas de cet avis.

Alors que tu ne voyais qu’un compagnon de danse, lui, voyait une proie. Tu t’es retrouvée le matin dans une chambre qui n’est pas la tienne. Alors commence le combat avec tes pensées. Tu te demandes ce qui s’est passé, comment tu t’es retrouvée là, ce qu’il t’a fait… Mais lui, il rigole, il est content.  » Il vient de se taper un coup pour rien ». Tes larmes, tes cris, il n’en a rien à faire. La vie après ne compte pas. Ils sont tous d’accord sur un fait :  » ce n’était que du sexe, ce n’est pas grave ».

Il te disait qu’il t’aimait puis un matin, un midi ou un soir, il bafoue ton droit de consentement. Dire Non n’a pas compté, n’a servi à rien. Il te dira peut être plus tard que ce n’était pas assez fort, pas assez audible, tout comme tes pleurs n’étaient pas assez visibles.

Tu l’aimes, c’est pourquoi tu es restée après la première gifle. La seconde n’a pas tardé à venir. Les coups de cravache, les objets lancés à tout va… Les fonds de teint sont devenus tes alliés de tous les jours. Tu as peur pour ta vie mais tu te sens illégitime de dénoncer. Tu as essayé mais à chaque fois, ils t’ont servi les mêmes réponses. Tu as fini par les croire. « C’est par amour qu’il te bât. C’est parce que tu n’es pas docile… C’est ça, ils appellent le pire du mariage  » . « C’est de ta faute« .

Il ne manque pas de mots pour te culpabiliser. Pour eux, c’est de ta faute. C’est toi qui n’a pas été assez vigilante.

Ces exemples ne sont que quelques cas de violences parmi les nombreuses que subissent les femmes dans le monde. La parole s’ouvre de plus en plus pour parler des violences faites aux filles et aux femmes. Mais, contre toute attente, celles qui osent s’en plaindre ne reçoivent que dédain et mépris.

Nous avons tous et toutes été témoin de la façon dont cette dame a été traitée dans notre pays. Son crime : Balancer le nom de ses violeurs ; parler de son histoire. Les réactions découlant du mouvement metoo sont aussi une caricature du sort réservé aux filles et femmes victimes de violences masculines dans le monde. Partout sur le globe, aucune d’entre nous n’est en sécurité ou à l’abri.

Nous avons droit à la violence, et en bonus à porter la culpabilité à la place de nos bourreaux. Alors que des voix féministes s’élèvent pour réclamer assistance, justice et guérison aux femmes victimes, d’autres voix s’élèvent pour crier à ces femmes : coupables, sorcières, menteuses…

Ces voix ne sont pas autres que les nôtres. La voix de la société, composé de femmes comme d’hommes. Cette voix est souvent celle d’un ou une ami.e., d’un parent, d’un personnel soignant, de l’avocat, du juge, de l’assistant.e sociale ou celui du bourreau. Elle nous dit : Tu ne l’as pas un peu cherché? Tu ne l’as pas provoqué ? C’EST TOI LE COUPABLE.

TU NE L’AS PAS UN PEU CHERCHÉ ?

Je connais quelqu’un ou quelqu’un qui connait quelqu’un qui a déjà sorti cette phrase à une victime. J’en ai aussi été témoin à plusieurs reprises. On me l’a dite aussi: la phrase qui te refroidit, qui remet en cause ta parole, banalise ta douleur.

Il y a une panoplie d’autres phrases que l’on sort aux victimes quand elles vont chercher assistance.  » Tu es sûre que ça s’est vraiment passé comme ça ? »  » Tu ne l’as pas provoqué par hasard ? »  » Tu avais porté quoi ?  »  » Je ne te crois pas. Je le connais bien. Il ne toucherait jamais une fille comme toi.  »  » Tu n’as pas crié sur lui en premier ? »  » La première gifle n’est pas venue de toi ? »  » C’est faux. Tu mens. »  » C’est de ta faute « …

Je me suis souvent demandé si les gens le font exprès, à dessein ou par ignorance. Malheureusement, je suis forcée de croire que c’est à dessein. Il y a de plus en plus de ressources pour comprendre les violences sexuelles et autres violences auxquels les hommes et la société soumettent les femmes.

Le silence est brisé et les gens sensibilisés et pourtant, ils sont nombreux à rester dans le rôle de protecteur des bourreaux.Quand on va se plaindre d’un vol , avec ou sans preuve, la première réaction n’est jamais :  » Tu mens« .

Quand deux hommes se battent et que l’un va chercher assistante, on ne lui dit pas que c’est impossible que ce soit arrivé. Mais quand une femme en détresse ayant subi une violence va chercher de l’aide, on trouve toujours un argument pour banaliser ce qui lui est arrivé.

Dans l’imaginaire, les hommes sont trop bien pour toucher une femme sans son consentement. Ils sont trop bien pour gifler une femme sans qu’elle n’ait rien fait. Ils sont trop bien pour abuser émotionnellement d’une femme.

Et ceux qui ne sont pas assez bons pour le faire sont des fous, des déréglés mentaux. Une étiquette que l’on fait porter aux acteurs de violence contre les femmes pour les dédouaner de leurs crimes. C’est stigmatisant et un réel manque de respect envers les personnes qui souffrent vraiment de problèmes mentaux.

Notre société a en tête l’image d’un bourreau débraillé, fou, sale, délinquant. Aussi quand ton agresseur n’entre pas dans ces cases, tu as moins de chances d’être crue. Ce n’est pas possible! Tu t’es sûrement trompée de personne. Tes yeux te jouent peut-être des tours…

Crime: l’avoir laissé m’acheter une boisson

C’est toujours la faute à la femme, elle même. C’est peut être parce qu’elle était trop jolie, trop sexy. C’est parce qu’elle traînait dans un lieu pas réservé aux femmes. C’est parce que sa jupe était trop courte. C’est parce qu’elle ne sait pas se taire…

Il y a une multitude de raisons que l’on trouve pour justifier les violences envers les femmes. Quand ce procédé habituel ne marche pas et qu’elles décident d’aller au bout et de chercher justice, elles deviennent des filles de Satan.

Alors, entre en jeu, la sympathie pour le coupable. Les messages et actes de soutien à son endroit et plus que la culpabilisation de la victime, on assiste à sa diabolisation. Te rabâcher les oreilles de combien c’est ta faute ne suffit plus. Maintenant on renforce ta culpabilité en te rendant coupable d’un autre crime.

Celui de chercher désespérément à ruiner la vie de ton agresseur. J’ai lu et été témoin de beaucoup de cas où on culpabilise la victime car elle ne chercherait qu’à gâcher la vie, la réputation et l’avenir de son agresseur.

Tu veux gâcher sa vie ?

“C’est le plus grand cauchemar de tous les hommes d’être accusés de quelque chose comme ça”… “Peux tu deviner le plus grand cauchemar d’une femme?”

Après avoir refusé de te croire, on trouve que tu exagères en voulant la justice. D’autres te recommandent de te référer à la justice de Dieu que de vouloir celle des hommes.

La justice des hommes serait trop injuste pour ton bourreau. Ça gâcherait sa vie, lui qui était promis à un bel avenir. Oui, tu aurais compris, ton avenir à toi femme, ne compte pas. Tu n’es l’enfant de personnes et vivre avec quelques traumatismes n’est pas plus mal que de passer quelques années en prison.

Tu t’en remettras alors que lui, il ne pourra pas. Voici le non sens de notre société. Chercher à protéger des bourreaux au détriment des victimes. Tout cela contribue au renforcement de l’impunité, à l’augmentation des violences faites aux filles et aux femmes.

Ceci me rappelle l’histoire des parents de cet homme, venus supplier mon oncle de penser à l’avenir de leur fils, avec un billet de 10000 FCFA. Ce fils qui avait fait des attouchements à ma petite cousine de 7 ans.

Ces parents n’ont pas pensé à ce que cela représente pour un enfant, le traumatisme qu’elle devrait trainer toute sa vie. Ils n’ont pas pensé à, si elle s’en sortira ou pas. Mais, ils ont tous pensé à leur fils. Celui là qui mérite pardon et rédemption.

Notre société est à l’image de ces parents. Chaque jour dans les actes et dans les paroles, elle nous le prouve. Pour mieux visualiser de quoi il s’agit je vous recommande le film Promising Young Woman.

C’était une jeune femme prometteuse

Pour vous montrer comment cette société n’en a rien à foutre des victimes femmes mais aura toujours une place et de l’amour pour les hommes bourreaux, vous n’avez qu’à voir les réactions suscitées par l’affaire R-Kelly, Benjamin Mendy et autres.

Et pour vous montrer qu’eux, auront toujours une seconde chance quand nous autres seront réduites à lutter contre nos traumatismes, voyez ces ministres français accusés de viol et violences conjugales qui continuent d’exercer. Ce n’est pas des exemples qui manquent chez nous non plus. Regardez la nouvelle collaboration de Johnny Depp avec Rihanna.

Beaucoup d’autres exemples existent et sont autour de vous. Les filles battues et reniées pour être tombées enceinte alors que les garçons ne subissent pas grand chose. Les hommes violents qui n’ont aucun mal à se remarier après avoir poussé leurs compagnes au suicide, en asile ou autres.

Il faut que ça cesse

Je ne me tairai pas pour que tu sois confortable

Notre société doit prendre conscience des enjeux sur la question des violences faites aux filles et aux femmes.Nous devons nommer et travailler à rendre justice aux victimes. C’est un devoir collectif.

La honte et la culpabilité doivent changer de camp. Pour ça, nous devons déconstruire nos biais, mettre les coupables face à leurs responsabilités et créer un environnement sûr ou les filles et femmes se sentent en confiance pour dénoncer, obtenir justice et embrasser la guérison.

Nous devons une fois pour toutes, nous rendre à l’évidence que les vrais coupables sont les hommes violeurs, violents, manipulateurs, complices de l’impunité, silencieux face aux crimes et non les filles et femmes qui subissent ces violences.

AGOODOJIE 🌻

1 réflexion au sujet de “Violences basées sur le genre : quand les coupables prennent la place des victimes”

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