Femme Badass Du Mois

Wangari Muta Maathai : à la découverte de la femme qui plantait des arbres

« Chaque arbre est le symbole vivant de la paix et de l’espoir » disait Wangari Maathai.
Cette phrase témoigne d’emblée de l’importance ‘’métaphysique’’(une importance qui va au-delà de ce que l’on peut voir) qu’attache cette dernière aux arbres. Eh ! oui. Cette femme a su voir et faire découvrir au monde entier l’étendue des bienfaits des arbres et c’est la raison pour laquelle nous l’avons mis à l’honneur en ce mois de juin.
Allons donc à sa découverte.

Des origines qui renvoient à la nature


Wangari Muta, de son vrai nom ou si vous voulez son nom de ‘’jeune fille’’ est née le 1er Avril 1940 dans un village du Kenya appelé Ihithe. Elle va entretenir très vite des relations particulières avec la nature car ses parents sont paysans et ils appartenaient à la tribu des gikuyu, une ethnie majoritaire du Kenya qui vivait de la terre et du bétail.

Cette ethnie a d’ailleurs une particularité qui réside dans le fait que dès leur bas-âge les enfants sont éduqués à respecter la nature et toutes ses composantes.
En dehors de l’éducation des siens, Wangari issue d’une famille de six enfants a été scolarisée grâce à la volonté de sa mère à une époque où l’éducation des filles n’était pas très en vogue.

Des études orientées nature


Notre femme badasse fera ses études primaires et secondaires au Kenya. Plus précisément à l’école primaire de Ihithe, au collège Sainte-Cécile, un pensionnat de jeunes filles où elle se convertit au catholicisme et prit le nom de Marie-Joséphine avant de préférer et de reprendre son nom d’origine bien plus tard.

Elle finit ses études secondaires au lycée des filles Loreto de Limuru. Mais les deux options de carrière qui s’offraient à elle à savoir être enseignante ou infirmière à l’époque ne lui convenaient pas. Sans doute était-elle à la recherche d’un domaine qui la maintiendrait en contact avec la nature.

C’est ainsi qu’elle partit aux Etats-Unis en 1960 grâce à une bourse pour faire ses études universitaires qui seront axées sur l’étude de la nature. Elle obtint donc une licence et une maîtrise en biologie à l’université de Pittsburgh. Elle deviendra à 31 ans, la première femme de l’Afrique de l’Est ayant obtenue un doctorat à l’Université de Nairobi.

Elle était à l’époque la première femme Professeure d’université et Directrice d’un département d’études vétérinaires.
Si la majorité de ses études était dans un système étranger, cela n’a pas retiré Wangari Maathai ses valeurs profondément ancrées dans sa culture gikuyu. Bien au contraire elle a su tirer tout le positif pour le mettre au service de son pays et de l’Afrique.
Mais intéressons-nous un peu à sa vie privée qui n’est pas toujours restée privée.

Son mariage qui finit en scandale


A l’âge de 29 ans, Wangari Maathai se maria à un député de la province centrale du nom de Mwangi Mathai. Ils eurent trois enfants (Waweru, Muta, Wanjari). Leur divorce était objet d’un véritable scandale car son mari l’accusait d’adultère et devant les juges notre femme badasse n’avait pas hésité a accusé son mari de ne pas la satisfaire sexuellement et revendique le droit à une vie sexuelle épanouie.

Ce qui bien entendu n’était pas bien vu de la société qui considère sa revendication comme étant purement masculine. Son mari affirma au juge qu’elle avait un trop fort caractère pour une femme.

Dans un de ses ouvrages, elle expliqua qu’elle a reçu la demande de divorce comme un choc car elle ne s’y attendait pas. Elle perdit le procès. Dégoutée, elle déclara à la presse que le juge était incompétent et corrompu, ce qui lui valut un séjour en prison dont elle fut libérée sous la promesse de s’excuser. Après son divorce en 1979, elle ajouta un « a » au nom de son mari et devient donc Wangari ‘’Maathai’’.
Le scandale au cœur duquel son divorce la plonge ne freinera en rien ses ardeurs en termes de militantisme.

Ce que les gens considèrent comme l’intrépidité est vraiment la persévérance.

Son militantisme pour l’environnement et les droits des femmes et la démocratie


L’engagement citoyen de Wangari Maathai n’est plus à démontrer lorsqu’on voit son parcours dans plusieurs associations comme la Croix-Rouge du Kenya, l’Association kenyane des femmes universitaires et le Centre de Liaison sur l’Environnement. C’est cette dernière association qui va la faire réfléchir de façon plus approfondie sur les problèmes liés à l’eau et à l’énergie.

De ces réflexions elle est venue à la conclusion que la solution était de planter des arbres à grande échelle puisque la cause de tous ces problèmes était la déforestation. C’est dans cet élan qu’elle créa le ‘’Green Belt Movement’’ auquel les femmes sont d’office associées.


‘’L’idée, partie de mes racines, s’est nourrie d’autres sources de connaissance et d’action dont la confluence a pris des proportions qui ont dépassé mes plus folles espérances.’’

C’est en juin 1977, après son élection au Comité exécutif du Conseil national des femmes du Kenya où elle fut vice-présidente puis Présidente que la première ceinture verte fut mise en place. Depuis lors, 30.000.000 d’arbres ont été plantés avec un impact certain sur l’environnement mais aussi sur l’autonomisation des femmes. Wangari Maathai associait également la pauvreté à la déforestation et a su démontrer de manière évidente le lien entre les arbres et la réduction de la pauvreté.

Les femmes avaient besoin de revenus et elles avaient besoin de ressources parce que les leurs s’épuisaient. Nous avons donc décidé de résoudre les deux problèmes

Son parcours politique

Wangari Maathai est également connue pour avoir à de nombreuses reprises défié le gouvernement du dictateur Daniel Arap Moi. Ce qui lui valut des coups et des emprisonnements dont elle s’est tirée grâce des organisations internationales comme Amnesty internationale.

A titre illustratif on peut évoquer la manifestation qu’elle a organisée en 1989 au parc Uhuru de Nairobi pour empêcher le gouvernement de construire un gratte-ciel qui aurait fait détruire plusieurs arbres. L’objectif de la manifestation a été atteint puisque toute la communauté internationale a été alertée. L’endroit sera nommé plus tard le ‘’freedom corner’’.

Ce fut un pas réel vers la démocratisation car ce qui a démarré comme un mouvement écologiste est vite devenue un mouvement pour le respect des droits de l’homme et de la démocratisation car l’année qui a suivi Wangari manifestait encore dans le même parc pour la libération des détenus politiques aux côtés de leurs mères qui avaient enclenché une grève de faim. Ceci lui a couté encore une fois des coups mais ces manifestations ont été précurseurs de la démocratie au Kenya.

Personne ne m’aurait dérangé si je n’avais fait qu’encourager les femmes à planter des arbres. Mais j’ai commencé à voir les liens entre problèmes auxquels nous étions confrontés et les causes profondes de la dégradation de l’environnement. Et l’une de ces causes profondes était la mauvaise gouvernance

En 1997 elle se présenta aux élections présidentielle et législative avec un petit parti mais les perdit malgré les idées intéressantes qu’elle développait. En 1998, les nombreuses actions menées par Wangari et d’autres acteurs dans le cadre de ‘’la bataille de Karura’’ vont réellement donner lieu à l’alternance politique en 2002.

Elle se présenta à nouveau aux élections législatives et gagne cette fois ci haut la main. Le nouveau Président Mwai Kibaki la nomma Ministre adjointe à l’environnement.

Ses œuvres littéraires


Wangari Maathai a écrit et préfacé beaucoup de livres mais quelques-uns seulement sont traduits en français. Parmi ces ouvrages on peut citer :

  • Pour l’amour des arbres (trad. Jean-Paul Mourlon), L’ Archipel, 2005, 164 p. (ISBN 978-2-84187-709-6)
  • Celle qui plante les arbres (trad. de l’anglais par Isabelle Taudiere), Paris, Héloïse d’Ormesson, 2007, 380 p. (ISBN 978-2-35087-057-1)
  • Hommages Œuvres Mama Miti, la mère des arbres (trad. Claire A. Nivola),
  • Le Sorbier, 2008 Un défi pour l’Afrique : essai (trad. de l’anglais), Paris, Héloïse d’Ormesson, 2010, 362 p. (ISBN 978-2-35087-140-0)
  • Réparons la Terre [« Replenishing the Earth »], Paris, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2012 (ISBN 978-2-35087-199-8)
  • Unbowed: A Memoir, Knopf, 2006. ( (ISBN 0-307-26348-7))
  • « Un prix Nobel de la paix pour la planète », article de Wangari Maathai, L’Ecologiste n o 14, oct-nov-décembre 2004, p. 6-7
  • The Greenbelt Movement: Sharing the Approach and the Experience, Lantern Books, 2003. ( (ISBN 1-59056-040-X))
  • The Canopy of Hope: My Life Campaigning for Africa, Women, and the Environment, Lantern books, 2002. ( (ISBN 1-59056-002-7))
  • Bottom is Heavy Too: Edinburgh Medal Lecture, Edinburgh UP, 1994. ( (ISBN 0-7486-0518-5)).

Ses distinctions et hommages


Notre femme badass a reçu énormément d’honneurs, récompenses, distinctions et décorations pour ses actions. Parmi ceux-ci , on note:

  • en 1984 le Prix Nobel alternatif, « pour la conversion du débat écologique du Kénya en action de masse pour le reboisement »,
  • en Suède 1991 : Prix Goldman pour l’environnement,
  • aux États-Unis 1991 : The Hunger Project’s Africa Prize for Leadership, de l’Organisation des Nations unies
  • 1993 : Médaille Édimbourg (The Edinburgh Medal), du Medical Research Council,
  • en Écosse 2004 : Prix Petra Kelly (Petra Kelly Environment Prize, Heinrich Boell Foundation),
  • en Allemagne 2004 : Prix Sophie,
  • en Norvège 2004 : Prix Nobel de la paix, « pour sa contribution au développement durable, à la démocratie et à la paix »
  • 2006 : Chevalière de l’Ordre national de la Légion d’honneur de la France
  • Docteure honoris causa de l’Université Waseda 2008 : Grand prix des lectrices de ELLE, catégorie Document, pour Celle qui plante les arbres.

    Depuis sa mort le 25 septembre 2011 à l’hôpital de Nairobi, des hommages lui ont été faits. En avril 2019, la bibliothèque universitaire de l’École nationale d’ingénieurs de Saint-Étienne (ENISE) a commencé à porter son nom. C’est également le cas d’une école primaire à Aubervilliers d’un parc à Reims et d’un centre d’animation dans le 20e arrondissement de Paris.

Que retenir d’elle ?

De toutes les opinions que l’on peut avoir de cette dame, on peut retenir son rôle important dans la préservation de l’environnement, dans le respect des droits des femmes et pour le retour à la démocratie. Sa détermination et son amour pour la nature retiendra l’attention de tous dans tout ce qu’elle a eu à mener comme action. C’était une femme attachée à ses valeurs d’origine mais qui a su puiser dans l’expérience qu’elle acquise en voyageant pour apporter les solutions qu’elle jugeait nécessaires et les nombreux distinctions et hommages en sont le témoignage irréfutable.

Plantons des arbres et les racines de notre avenir s’enfonceront dans le sol et une canopée de l’espoir s’élèvera vers le ciel

Wangari Muta Maathai

AGOODOJIE!

2 réflexions au sujet de “Wangari Muta Maathai : à la découverte de la femme qui plantait des arbres”

  1. On nous dit qu’il nous faut des rôles modèles. Or, des rôles modèles femmes nous en avons plein ! Charge à nous de nous en saisir, de nous en saisir pour agir aujourd’hui en tant que femme africaine.

    Merci à vous de nous partager ce parcours (et le parcours de tant d’autres femmes badass). Il devient impérieux que les femmes africaines se rendent compte de la contribution de leurs anciennes à l’histoire du continent et qu’elles se mettent en marche pour sortir du statut d’infériorité dans lequel veulent nous enfermer nos hommes !

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