Entretien Avec

Dandi GNAMOU : Quand la passion pour le Droit et l’amour de la patrie propulse au rang d’agrégée


C’est après avoir passé une semaine à m’abreuver à la source de cette enseignante qui allie aussi bien professionnalisme, pédagogie et meilleur goût vestimentaire que j’ai décidé de l’interviewer pour ce numéro de « entretien avec ». En espérant qu’elle vous inspire autant qu’elle m’inspire ou tout au moins que vous finissiez la lecture de cet article avec le même sourire qu’il a déclenché chez les autres blogueuses de Agoododjié, je vous propose d’aller à la découverte de la Professeure Dandi GNAMOU à travers ces quelques lignes.

Veuillez-vous présenter s’il vous plaît (Nom, Prénom, vos fonctions actuelles).


GNAMOU Dandi, Agrégée des facultés de droit, Professeure Titulaire, Présidente de section à la Chambre administrative de la Cour suprême, Secrétaire générale de la haute Juridiction.

Qu’est-ce qui a motivé votre entrée dans l’enseignement ?

Fondamentalement, le désir de partager des connaissances, de donner une image positive, érudite, mais compréhensible du droit.

Pourquoi une seule femme ? Serions-nous des incapables ?

Vous êtes la seule femme agrégée en droit public au Bénin (sous réserve de confirmation par vous-même). Comment y êtes-vous parvenue et comment le vivez-vous ?

Hélas ! Je suis la seule femme agrégée de droit public au Bénin.
J’y suis parvenue grâce à l’accompagnement d’hommes extraordinaires. D’abord mon père qui m’a élevée dans l’idée que j’ai autant de capacités qu’un homme et qu’il faut toujours aller plus haut et plus loin en donnant le meilleur de soi. Ensuite mon époux, qui n’a eu de cesse de m’encourager à réaliser mes rêves sans faire de ma condition de femme un frein à mon épanouissement, et, enfin, mon fils, la prunelle de mes yeux, qui n’a jamais émis le moindre regard réprobateur malgré mes nombreuses absences dues à mes engagements et mes objectifs professionnels.
J’y suis donc parvenue à force de travail, c’est vrai, mais aussi et surtout grâce à ma famille, aux amis et à l’accompagnement extraordinaire dont j’ai bénéficié de la part des miens.
Je vis cette situation de seule femme agrégée en droit public avec une certaine gêne. J’ai été lauréate en 2013 et j’avais honte de dire que j’étais la seule femme agrégée en droit public… Cela fait quand même plus de 50 ans d’indépendance de notre pays et 30 ans d’existence du concours d’agrégation avec le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur.
Pourquoi une seule femme ? Serions-nous des incapables ?
Celle qui m’a précédée en droit privé, la Professeure Ouinsou Conceptia, avait le charme ravageur d’Haïti, elle a présidé avec brio aux destinées de la Cour constitutionnelle et a réussi à imposer l’égalité juridique femme-homme. Mais jusqu’à ce jour, je n’ai pas le bonheur de partager mes questionnements avec une autre dame en droit. Je regarde avec envie les collègues en sciences économiques et de gestion et ai une relation privilégiée avec les Professeures Glidja et Worou. Je me suis promis de travailler à changer la situation des femmes dans l’enseignement supérieur pour améliorer notre représentativité. Presque 10 ans plus tard sans succès… Donc, je suis toujours gênée d’être seule en droit et j’espère que cela changera.

Comment arrivez-vous à cumuler toutes vos fonctions entre elles d’une part et avec votre vie de famille d’autre part ?

Pour concilier à la fois ma profession d’enseignant chercheur, de juge et de secrétaire générale, il faut beaucoup d’organisation et de la discipline. Je l’ai dit tantôt, j’ai une famille extraordinaire, d’une si belle indulgence et attention à mon égard. C’est elle qui me permet d’assumer mes fonctions et activités professionnelles pour retrouver le havre de paix attentionné à la maison auprès des miens. J’ai aussi des amis qui sont mes soutiens bienveillants et mes repères. Sans, eux aussi, mon quotidien serait difficilement vivable.

Y a-t-il des figures féminines qui vous ont inspiré et/ou qui vous inspirent jusqu’à présent ?

Certainement.
La figure douce, féminine et pieuse d’une voisine musulmane que j’ai connue enfant et l’érudition et la combativité de la professeure Emmanuelle Jouannet Tourme ont structuré mon parcours professionnel et de femme.
Deux premières dames américaines m’inspirent aussi ; Hillary Clinton et Michelle Robinson-Obama.
J’ai une profonde admiration pour l’icône béninoise qu’est Rosine Vieyra-Soglo, de regrettée mémoire.

Quelles sont les qualités qu’on devrait avoir pour faire un métier à dominance masculine selon vous ?


D’abord, il faut être conscient et convaincu d’avoir les mêmes capacités que les hommes, ensuite le goût du travail bien fait, enfin cumulativement la patience et la combativité masculine.
Vous êtes à un niveau considérable dans votre vie professionnelle. Aspirez-vous à des ambitions plus grandes ?
Professionnellement, professeure des universités et juge à la Cour suprême, je quitte dans quelques jours la haute Juridiction en matière administrative et judiciaire pour la Cour des comptes. Le Président de la République, Son Excellence, Patrice Athanase Talon m’a fait l’honneur et la confiance de me nommer présidente de la chambre de contrôle des entreprises publiques à la Cour des comptes présidée par une magistrate chevronnée, Ismath Bio Tchane Mamadou. Je passe donc à un niveau supérieur de la hiérarchie judiciaire, dans une nouvelle institution qui doit s’affirmer dans le paysage juridictionnel. Mon vœu le plus cher, aujourd’hui, est d’impacter positivement la vie de ses entreprises en contribuant à une meilleure gouvernance financière et à une utilisation efficiente des ressources publiques qui leur sont allouées.
En faisant il y a quelques années le choix du retour au Bénin malgré l’emploi de cadre supérieur que j’avais en France, mon objectif était d’apporter à la jeunesse estudiantine une image positive et une qualité d’enseignement au niveau des standards européens, de participer grâce à la qualité de l’enseignement à la fabrique des esprits, moteurs de notre développement.
Oui fondamentalement, je voudrais arriver, concrètement, à changer le quotidien des béninoises et des béninois, à rendre notre quotidien meilleur. C’est ma véritable ambition et tout ce que je fais participe de cette ambition. Le chemin pour y parvenir reste long, parsemé d’embûches, mais passionnant.

Quelle citation vous décrirait le plus ?


Je pense à une citation de Nelson Mandela… « Ce qui compte dans la vie, ce n’est pas seulement d’avoir vécu. C’est la différence faite dans la vie des autres qui définit la vie que nous avons menée. »

’Vous êtes capables de réaliser vos rêves

Quels conseils donneriez-vous à la jeunesse en général et aux jeunes femmes en particulier pour la réalisation de soi ?


Vous êtes capables de réaliser vos rêves. Ceux qui y sont arrivés n’ont pas deux têtes. Pensez à vous, à la grandeur de votre famille et de votre pays afin que pour chaque action que vous posez votre obsession pour donner le meilleur de vous-même, vous définisse.

Notre volontarisme et notre détermination à être les meilleures feront, dans le temps et avec de la patience, le reste.’

Aujourd’hui, beaucoup de femmes sont soit limitées, soit victimes silencieuses de violences de tout genre à cause du contexte socioculturel et religieux. Donnez-nous votre avis sur cet état de chose.


Une femme dans le contexte béninois n’a pas naturellement les mêmes chances qu’un homme. Si nous le comprenons, nous travaillerons à une véritable égalité des chances afin que l’égalité juridique abstraite épouse la flexibilité et la lucidité des contraintes et pesanteurs juridiques pour aller vers l’égalité concrète : égalité concrète femme-homme, jeunes-seniors. L’article 26 de notre Constitution telle que modifiée en 2019 et une série de lois adoptées en 2021 offrent aux femmes plus d’opportunités pour la réalisation de l’égalité. Notre volontarisme et notre détermination à être les meilleures feront, dans le temps et avec de la patience, le reste.
Je voudrais finir cet entretien en remerciant Agoododjié et ses membres pour leur belle initiative. Continuez ainsi.

Chers(es) lecteurs(trices), c’est l’équipe d’Agoododjié qui dit merci pour ce moment de partage qui, nous espérons, a été aussi enrichissant pour vous qu’il ne l’a été pour nous. Nous pouvons retenir qu’aimer ce que nous faisons, le faire dans le but d’impacter positivement et s’appliquer à bien le faire sont des qualités à avoir sur le chemin de la réussite. À bientôt pour une nouvelle rencontre !

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