Faits de Société

Adultification: la perte de l’enfance des petites filles en Afrique

Il y a quelques mois le film « Mignonnes » de la réalisatrice franco-sénégalaise Maimouna Doucouré faisait son apparition sur la plateforme Netflix. Si le but premier de ce long métrage était de dénoncer de façon très choquante l’hypersexualisation des petites filles à l’ère des réseaux sociaux, il attire subtilement notre attention sur un phénomène très fréquent dans la société africaine. J’ai personnellement été estomaquée de découvrir qu’il était également présent dans les sociétés occidentales. Il s’agit de l’adultification, au sens africain des petites filles noires. Découvrons donc ensemble ce phénomène qui constitue un frein à l’égalité des genres.

C’est quoi l’adultification ?

L’adultification est le fait de traiter les enfants comme s’ils étaient des adultes. Ce mot a une connotation différente en fonction de l’environnement ou l’on se trouve. Aux États-Unis, les enfants noirs subissent une forme extrêmement violente d’adultification et cela se traduit par des lois pénales qui ne correspond pas à leur statut et dans un traitement radicalement différent des enfants caucasiens de leurs âges.

On peut également considérer les concours des Mini-Miss comme un genre d’adultification : on veut des petites filles qu’elles paradent et agissent comme des femmes adultes lors d’un concours de beauté qui les jugera sur leurs apparences. L’adultification c’est donc le fait d’attendre des enfants qu’ils agissent comme des adultes. C’est une suppression de leurs droits à l’innocence et à l’enfance.

L’adultification des petites filles dans le contexte africain

En Afrique, la petite fille n’est pas une enfant mais elle est une petite femme. Dès qu’elle atteint un certain âge, une pression énorme pèse sur elle afin qu’elle devienne une épouse et une mère parfaite. Alors que les jeunes garçons de son âge ont le droit de courir et de s’amuser jusqu’à pas d’heure, elle ne peut en faire de même. Comme nous l’avons vu dans notre article sur la sororité, la petite fille doit très tôt apprendre les rudiments de la bonne ménagère afin d’être plus tard bonne à mariée. En conséquence, ces demoiselles sont moins épanouies que les jeunes hommes de leurs âges parce qu’elles ne profitent pas assez des joies de l’enfance.

Dans les familles nombreuses, la petite fille devient un substitut de mère pour ses plus jeunes frères au détriment de son enfance. C’était justement le cas d’Aminata, la protagoniste du film « Mignonnes’. Nous pouvons voir cette jeune fille de 11 ans, s’occuper de ses frères dont un nouveau-né tout en allant faire des courses pour la maison. Elle doit ensuite aider sa grande tante à préparer à elles seules le repas de fête pour le second mariage de son père pendant que celle-ci fait tout un discours à la jeune fille sur le mariage. Finalement, Ami est torturé entre cette société traditionnelle qui veut faire d’elle une femme au sens « responsable » du terme et la société d’après les médias qui lui vend une image hyper sexuel de la femme alors qu’elle veut juste être une enfant.

S’il est tout à fait normal pour leurs développements que les enfants, garçons comme filles aident à la maison, le problème ici est que les responsabilités incombant à la petite fille sont trop grandes pour son âge. En psychologie, à chaque stade du développement de l’enfant correspond un certain nombre de responsabilités qui peuvent l’aider à grandir de façon éveillée. Faire grandir les filles trop vite peut avoir des conséquences désastreuses sur leur santé mentale et émotionnelle.

Dites Non au mariage des enfants et Oui à l’éducation des filles!

Cette adultification se manifeste aussi malheureusement par les traditions des mariages précoces. Dans ces cas extrêmes, la petite fille passe de la douceur et la candeur de l’enfance directement à la violence d’un mariage non consenti où elle vit viols, grossesses précoces et traumatismes en tout genre.

Que peut-on y faire ?

En premier lieu, il faudrait s’instruire. Nous devrions chercher à comprendre et à analyser l’impact de chacun de nos actes sur le développement des enfants. Ce sont des êtres humains qui ont des droits. Leurs besoins émotionnels sont très souvent négligés, voire niés sous nos cieux. Il ne faudrait pas oublier que ces petites filles seront plus tard des mères qui pourraient rejeter leurs traumatismes sur leurs enfants créant ainsi un cercle infernal sans fin.

En second lieu, il faut à tout prix vulgariser l’information, surtout dans les milieux ruraux du continent ou l’adultification des petites filles fait partie de la tradition. Et ce devoir incombe à tout un chacun. Nous devons leur faire comprendre le bien fondé de l’éducation des filles ainsi que du respect des étapes de leurs développements.

En fin de compte, nous devons nous-mêmes dans nos maisons changer les choses. Il est important pour la construction d’une société plus égalitaire de faire participer les enfants, peu importe leurs sexes ou genres aux tâches de la maison. L’injustice ressentie par les petites filles sera amoindrie. Et nous contribuerons aussi à construire des hommes qui ne souffrent pas de masculinité toxique .

L’adultification des enfants et surtout celle des petites filles est une plaie dont nous devons guérir en tant que societé. Lorsque les enfants grandissent heureux et épanouis, ils deviennent des hommes et des femmes confiants et aptent à améliorer leur milieu de vie. Nos enfants représentent les adultes de demain. Soignons leur présent pour que l’avenir du continent soit radieux.

AGOODOJIE!

2 réflexions au sujet de “Adultification: la perte de l’enfance des petites filles en Afrique”

  1. Excellent article comme toujours. Au-delà du côté mariage précoce, pseudo-maternité et bref tout ce qui entoure l’adultification, il ne faut pas oublier un aspect important et qui a justement choqué la majorité : le fait que des filles de 10-14 ans se sentent adultes au point de se comporter comme tel. Cette façon de faire là est en lien avec les pressions sociales, les reality-shows, Internet et je pense aussi les éléments que vous avez souligné dans l’article.
    Petite suggestion : Je ne sais pas si vous avez déjà traité ce sujet mais puisqu’on parle de Cuties, il serait intéressant d’aborder la vie de la mère d’Amy.
    Keep going ladies!

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