Femme Badass Du Mois

Rosine SOGLO: la coquette amazone

« … moi j’en ai terminé, la vieille s’en va et vous dit bye bye, bon vent, bonne chance à tous » (l’Honorable Rosine VIEYRA SOGLO le 18 février 2019, à l’ouverture de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale)

Trois ans après, plus précisément le 25 juillet 2021, Rosine SOGLO, notre maman qu’on ne présente plus, nous a quittés à l’âge de 87 ans.

Si son franc-parler et ses mots crus ne sont un secret pour personne, son parcours, son style vestimentaire et ses actions lui valent bien le titre de « l’amazone coquette ». C’est donc sans surprise qu’elle est la Femme Badass de ce mois. Allons donc à sa découverte.

Ses origines 

Née le 07 mars 1934 à Ouidah, Rose-Marie Honorine VIEYRA de son vrai nom est issue d’une famille afro-brésilienne de quatre enfants dont elle était la seule fille. Elle a perdu très tôt sa mère. À la tête de cette famille plutôt nantie, son père, un cadre des chemins de fer et propriétaire terrien était tout de même un exemple pour avoir donné la même chance à ses enfants filles comme garçons en termes d’éducation. Il les enverra donc tous étudier en France en 1946.

Rosine va donc poursuivre ses études secondaires au lycée des jeunes filles de Caen puis pris des cours de droit qui la feront exercer d’abord en tant qu’huissier et ensuite comme avocate.

La rencontre de sa vie

Un an après son arrivée en France, précisément en 1947, Rosine suivit son père qui allait rendre visite à un compatriote béninois souffrant hospitalisé dans un hôpital à Nice. Ce compatriote du nom de Nicéphore SOGLO deviendra son époux en juillet 1958 alors qu’ils étaient étudiants et ensemble ils auront deux (2) enfants : Léhady né le 18 décembre 1960 et Ganiou né le 04 novembre 1961.

Elle suivit ce dernier en Amérique lorsqu’il fut nommé cadre de la Banque mondiale et là-bas elle étudia le droit anglo-saxon. Si la rencontre avec Nicéphore SOGLO fut celle de sa vie en tant que femme on pourrait dire que celle-ci fut tout aussi marquante pour sa carrière sur le plan politique. C’est en effet, l’entrée en politique de celui-ci qui nous fera découvrir cette femme exceptionnelle.

“Lui sans moi et moi sans lui, nous ne sommes rien ou pas grand-chose” (Rosine SOGLO)

Son parcours politique

« La politique a été pour moi un hasard, une nécessité, un mode de vie pour mettre à distance la vraie vie, pour donner un peu de bonheur individuel aussi ».

Rosine Soglo

Rosine se fera connaitre au Bénin suite à la nomination de son époux, Nicéphore SOGLO en tant que Premier ministre et chef du gouvernement lors de la période de transition politique vers la démocratie en février 1990. Ce dernier sera élu Président de la République au bout de ces douze mois de transition. Sa campagne électorale fut partiellement gérée par la brave Rosine, en raison de la maladie de son époux.

Le jour de la prestation de serment, c’est d’ailleurs en s’appuyant sur sa chère et tendre et sur l’un de leurs fils que le Président SOGLO a prêté serment.

Après la prise de pouvoir de son époux, Rosine cassa les habitudes des épouses de Président auxquelles elle a succédé ainsi que les idées traditionnelles faites des femmes. Nombreuses sont ses actions qui marquèrent sa vie politique :

  • Elle revendiqua le titre de Première Dame et obtint ainsi un cabinet et avait un papier à en-tête particulier pour ses correspondances.
  •  Elle créa le parti Renaissance du Bénin (RB) en 1992 qu’elle présida d’une main de maître avant de céder son poste de Présidente à son époux.
  • Elle devint ainsi la première femme de Président à aller au-devant de la scène politique sans avoir eu un passé de militante.
  • Elle reprit les rênes du parti en janvier 2002 et démontrera à bien de gens qu’elle sait autant donner que recevoir les coups.
  • Elle siégea à l’Assemblée Nationale de 1999 à février 2019 et fut membre du Parlement panafricain.

 Le franc-parler et le jusqu’au-boutisme dont Rosine SOGLO fait preuve agacent plus d’un qui diront qu’elle porte le pantalon à la maison.

Les diverses critiques n’ébranlent guère notre amazone ni son époux. Celui-ci répondait d’ailleurs : « ils veulent des femmes “sois belle et tais-toi ‘. Ce n’est pas ma conception de la femme… ».

Femme de cœur

Si elle a démontré qu’elle est une femme politique tenace, elle a su démontrer aussi qu’elle avait un grand cœur. En juin 1991, Rosine VIEYRA SOGLO créa l’association « ’Vidolé » (l’enfant est un trésor en langue fon).

C’est une association caritative qui vient en aide à l’enfance malheureuse et aux femmes démunies. Grâce à des fonds décrochés, des ventes de charité et à des dons d’organisations européennes et américaines notre amazone au grand cœur a sillonné le Bénin entier pour faire des dons aux femmes et aux enfants.

Rosine SOGLO et l’égalité homme-femme

Il faut souligner que l’égalité hommes-femmes était une question très importante pour notre dame de fer. Par ses actions à leurs endroits elle encourageait énormément les femmes à participer aux activités du parti.

 Il faut d’ailleurs noter que de tout son parcours elle n’a jamais attaqué une femme politique qu’elle soit de son bord ou non et souhaitait de tout cœur une participation plus active des femmes en politique.

Elle a laissé une empreinte majeure dans la législation béninoise en matière d’égalité entre l’homme et la femme. Il s’agit du régime monogamique consacré par la loi 2002-07 du 24 août 2004 portant Code des Personnes et de la Famille en République du Bénin.

 C’est en effet notre amazone qui a attiré l’attention du juge constitutionnel sur la discrimination qui allait s’opérer si cette loi entrait en vigueur en l’état après adoption. (Voir décision DCC02-144 du 23 décembre 2002 de la Cour Constitutionnelle du Bénin)

La dame aux chapeaux

On ne peut parler de notre amazone sans parler de son style vestimentaire qui ne passe pas inaperçu. Eh oui ! Rosine SOGLO avait un look des plus raffinés. « La dame aux chapeaux » devait son surnom à sa large collection de cet accessoire qui faisait sa particularité.

Son élégance et sa prestance étaient sans pareil. Comme quoi on peut aimer la mode et en avoir plein dans la tête.

Que retenir d’elle ?

De toutes les opinions qui peuvent se faire de cette dame de fer, cette amazone, moi je ne retiens d’elle que ce qui suit. C’est une brave femme qui ne s’est pas appuyée sur la richesse de ses parents pour se contenter d’être belle et de se taire en attendant sagement l’arrivée de son mari à la maison.

Elle est tout sauf une femme de l’ombre et elle dit haut ce qu’elle pense. Elle a un grand cœur et soutient aussi bien son époux que ses enfants. Comme quoi on peut être une femme à notoriété publique et être une épouse formidable.

(J’en profite pour faire un clin d’œil à son charmant époux qui a tôt compris et qui n’a pas cherché à éteindre ou à emprisonner ce talent entre les quatre murs de leur maison. Leur couple démontre bien l’exemple parfait de la complémentarité qui doit régner au sein d’un couple.)

Rosine SOGLO était une femme sensible à la cause des démunis. Peu importe les difficultés, elle ne se laissait pas faire et riait aux coups que lui donnait la vie.

« La vieillesse m’a donné les yeux bleus » disait — elle.

 C’est une femme qui pense que la solidarité féminine est l’arme des femmes et que l’égalité doit se travailler à échelle individuelle pour que nous puissions y parvenir totalement.

 Elle a laissé des traces indélébiles dans l’histoire politique et juridique béninoise et je pense au regard de tout ça qu’elle doit être un exemple, une inspiration pour nous, femmes.

AGOODOJIE!

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