Dossier Spécial Féminisme

Les féminismes africains : deuxième partie

La semaine dernière, nous avons découvert les quatre premiers courants féministes africains. Ces courants, survenus après la mise à l’écart des femmes dans la gestion postcoloniale de leurs pays, ont servi de base à leurs combats et résistances.

Nous allons aujourd’hui découvrir les derniers courants de la période postcoloniale puis avoir un aperçu des courants féministes qui sont apparus à partir des années 2000.

Le féminisme de l’escargot

Propulsé par la journaliste, écrivaine et professeure nigériane Akachi Adimora-Ezeigbo, le féminisme de l’escargot se veut conciliant et coopératif. Cette dernière exhorte les femmes, et plus précisément les nigérianes, à adopter des techniques de survie afin d’évoluer et d’avancer dans cette société patriarcale.

Les femmes devraient s’inspirer de l’escargot, cet animal qui avance lentement et doucement dans des paysages qui lui sont souvent hostiles. Selon Akachi Adimora-Ezeigbo, les femmes devraient apprendre à coopérer avec les hommes pour survivre, la société patriarcale leur étant plus favorable.

Ce courant féministe reflète d’ailleurs beaucoup la façon dont les femmes se comportent avec les hommes sur le continent en général. On a tous entendu dire que pour gagner un homme, il fallait agir en douceur avec lui, et que le « vrai pouvoir de la femme » résidait dans sa capacité à amadouer son conjoint avec finesse.

C’est ce que m’évoque le féminisme de l’escargot. Il met en avant une forme d’africanité qui surpasse la féminité.

Le misovirisme

Le misovirisme est un courant féministe qui vient de l’Afrique francophone. Développé par l’écrivaine camerounaise Werewere Liking, dans son chant-roman Elle sera de jaspe et de corail (journal d’une misovire), le misovirisme est un mot inventé par cette dernière.

Selon werewere Liking, une misovire est « une femme qui n’arrive pas à trouver un homme admirable« . D’aucuns associent le misorivisme à la misandrie (haine des hommes). Pourtant, ce courant et ses auteures s’évertuent à exposer les lacunes des hommes africains dans une société phallocentrée.

Elles déconstruisent la supériorité masculine sur le féminin et expriment leurs frustrations face à des hommes qui associent leur phallus à la raison de leur ascendance sur les femmes.

Le féminisme culturel ou le féminisme avec un petit « f »

Le féminisme avec un petit « f » de Buchi Emecheta s’oppose au féminisme mainstream qu’elle appelle féminisme avec un grand « F ». Elle croit fermement à la revendication des droits des femmes et au fait que la femme occupe plus de place dans la société.

Toutefois, Buchi Emecheta ne souscrit ni à l’abolition de l’institution du mariage, ni au lesbianisme politique véhiculé par les mouvements féministes occidentaux. Les féministes avec un petit « f », veulent célébrer les femmes et la féminité. Leur méthode de lutte privilégiée est le dialogue plutôt que la confrontation.

Buchi Emecheta prône également la valorisation des traditions africaines positives qui, selon elle, doivent être intégrées dans le féminisme africain.

Le féminisme avec un petit « f » trouve sa résonance dans le mode de pensée de la féministe africaine moderne Chimamanda Ngozie Adichie ou de la chanteuse afro-américaine Beyoncé.

Je suis une féministe avec un petit « f », j’aime les hommes et les bons hommes sont le sel de la terre. Mais dire que nous devons abolir le mariage et que les femmes devraient vivre entre elles, je dis non. Personnellement, j’aime l’idée d’un mariage heureux. Mais si ça ne fonctionne pas, par la grâce de Dieu, il faut tout arrêter.

Buchi Emecheta

Les féminismes africains à partir des années 2000

Les années 2000 ont représenté un nouveau tournant pour les féminismes africains. Il y a un effort de consolidation du mouvement malgré les divers courants existants. En 2006, une centaine de féministes du continent se réunissent afin d’établir la charte des principes féministes. Il se distingue trois principaux courants depuis le début du millénaire.

Il est intéressant de noter que les jeunes générations se démarquent de beaucoup de leurs prédécesseures de part leur radicalisme. Elles sont plus dans l’action et moins dans le dialogue.

Le féminisme libéral

Les féministes africaines libérales s’interrogent énormément sur le genre et les stéréotypes qui y sont basées. Elles s’intéressent également aux droits sexuels et reproductifs des femmes et les écarts existants entre les femmes et les hommes du point de vue politique et économique. Elles sont généralement critiquées, car le féminisme libéral est assez mainstream et n’arrive pas à réellement critiquer le capitalisme néolibéral.

La 4ᵉ vague du féminisme africain ou la vague des « millenial »

Cette vague a redonné une certaine vigueur au féminisme africain à travers l’organisation des marches et par une forte présence sur les réseaux sociaux. Elle a été critiquée pour ne pas s’inspirer assez des théories féministes africaines et pour suivre beaucoup plus les féministes occidentales ou les afro-féministes. Toutefois, nous devons beaucoup à cette vague la dénonciation des violations basées sur le genre.

L’afro futurisme féministe ou le féminisme afropolitain

Il s’agit de deux courants en un si on peut le dire. Ils ont pour but de connecter les femmes noires à travers les continents afin de réfléchir ensemble à comment lutter pour nos droits pour un avenir meilleur. L’afro-futurisme féministe imagine l’Afrique du futur, une Afrique où les femmes sont valorisées dans toute leur humanité.

Tout comme les précédents courants, l’afro futurisme féministe se retrouve dans l’art et dans les romans. La chanteuse américaine Janelle Monae développe son univers autour de l’afrofuturisme et du féminisme (voir sa chanson PYNK). Vous pourez également avoir un aperçu de ce nouveau courant dans le roman de Laura Nsafou, Nos jours brûlés.

Le terme afropolitain est encore contesté, mais nous avons hâte de voir comment le mouvement féministe africain va encore évoluer.

Peu importe le courant, le féminisme africain s’insurge contre la place de la femme noire dans le monde postcoloniale. La lutte continue comme nous avons l’habitude de le dire, et elle ne s’arrêtera qu’avec la chute du monde inégalitaire où nous vivons.

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